Wild boar Island
l'îleoù les sangliers prennent la mer
Wild Boar Island
Il y a des voyages de chasse que l'on oublie difficilement. Et puis il y a ceux où, dès les premières minutes, on comprend que l'on est en train de vivre quelque chose de différent.
Pour rejoindre Wild Boar Island, il faut prendre le bateau. À bord, notre matériel de chasse, les chiens, les traqueurs et toute l'équipe prennent place avec nous. Je tiens ma carabine en main et, pour la première fois de ma vie, je respire l'iode et les embruns avec ma carabine à la main. À mesure que nous approchons de l'île, la pression monte.
On ne sait pas encore ce qui nous attend. On sait simplement que nous allons passer plusieurs jours à chasser sur une petite île au milieu de la Baltique, entourés par l'eau. L'immersion est immédiate.
Écrit par l’ambassadeur Härkila @Feliew_chasse

Une île au milieu de la Baltique
L'île est petite. Ici, les postes ne sont jamais très éloignés les uns des autres. Nos voisins sont aussi nos compagnons de chasse et, contrairement à certaines grandes battues où chacun peut rester isolé pendant des heures, nous savons que les autres ne sont jamais bien loin.
Le décor est magnifique. La forêt, les rochers, la mer omniprésente et cette impression d'être complètement coupés du monde donnent à la chasse une atmosphère particulière. Mais ce territoire a aussi ses propres règles. Et elles vont rapidement nous réserver quelques surprises.

Mon premier sanglier
La première journée va rapidement prendre une tournure particulière puisque je serai le premier de l'équipe à avoir l'occasion de prélever un sanglier. Le sanglier est mené par les chiens, s'arrête en lisière du bois, il hésite à traverser la plaine sur laquelle je suis posté, le temps s'arrête, pourvu qu'il ne fasse pas demi tour! Il se décide finalement m'offrant une situation de tir parfaite, lancé à pleine vitesse, la balle le touche derrière la tête, la mort est instantanée et la scène était magnifique.
À peine quelques instants plus tard, les autres chasseurs viennent me féliciter et ce moment de réussite est partagé avec toute l'équipe.
Parce que même si chacun espère vivre son propre moment, la réussite d'un chasseur devient rapidement celle du groupe.Mais une fois les félicitations passées, il faut revenir à la réalité.
Sur une île, il n'y a pas de véhicule pour venir chercher le gibier. Je vais donc devoir ramener moi-même mon sanglier jusqu'au chalet, au milieu de l'île, puis m'occuper de le vider et de le préparer.
Et c'est finalement une bonne manière de se rappeler que la chasse ne consiste pas simplement à appuyer sur une détente.
Le tir ne représente que quelques secondes. Tout ce qui vient avant demande du temps, de l'observation, de la patience. Et tout ce qui vient après demande pas mal de sueur!

Un chien, un traqueur
L'une des choses qui m'a particulièrement marqué durant cette chasse, c'est la relation entre les traqueurs et leurs chiens. Ici, pas de meute. Chaque traqueur travaille avec un seul chien. Un compagnon qu'il connaît parfaitement, avec lequel il entretient une relation presque fusionnelle.
Les chiens sont également très prudents avec les sangliers. Ils savent garder leurs distances et travailler intelligemment sans se mettre inutilement en danger. Le deuxième jour, je vais en mesurer toute l'efficacité. Un chien travaille dans le secteur et finit par ramener un keiler jusqu'à mon poste.
Le sanglier approche, méfiant, cette scène dure plusieurs minutes, ce qui est éprouvant pour mon coeur! Je tire avant qu'il ne disparaisse dans la végétation. À cet instant, je ne sais pas encore si mon tir a été efficace et commence alors une attente qui me paraît interminable.
Pendant toute la durée de la battue, le doute reste présent. Ai-je réussi mon tir ? L'animal est-il mort ?
Lorsque, à la fin de la battue, nous retrouvons finalement le keiler à une quarantaine de mètres de l'endroit où je l'avais tiré, le soulagement est immense. Une nouvelle fois, il va falloir mobiliser ses forces pour ramener ce gros sanglier jusqu'au chalet !
Quand les sangliers prennent la mer
Il y a pourtant une chose à laquelle je ne m'attendais absolument pas en venant chasser ici. Les sangliers savent nager, ça tout le monde le sait mais sur Wild Boar Island, ils ne se contentent pas de traverser une rivière.
Sous la pression des chiens, certains n'hésitent pas à quitter l'île à la nage pour rejoindre une autre île. Voir un sanglier prendre la mer est une expérience assez incroyable.
On imagine le sanglier comme un animal de forêt, qui cherche à se cacher dans les fourrés ou à filer à travers les bois. Ici, lorsque la pression devient trop forte, il peut tout simplement choisir une autre direction : la mer.
Finalement, les sangliers vivants ne sont pas les seuls à prendre la mer. Ceux que nous prélevons aussi finissent par quitter l'île par la mer… mais dans une situation nettement moins volontaire !
Une fois la chasse terminée, il faut en effet ramener le gibier jusqu'au continent par bateau.
Une autre île, en pleine nuit
La chasse, c'est aussi savoir prendre ses responsabilités. Au cours du séjour, un sanglier blessé va parvenir à quitter l'île. Les traqueurs vont alors partir à sa recherche sur une autre île.
La nuit est tombée depuis longtemps. Mais leur journée n'est pas terminée. Ils vont poursuivre leur recherche jusqu'à retrouver l'animal et parvenir à abréger ses souffrances.
Cette scène m'a particulièrement marqué.
Elle montre à quel point ces hommes sont impliqués dans leur chasse et dans le respect du gibier. Ils connaissent parfaitement leur territoire, leurs chiens et leur travail.
Et tant qu'un animal blessé n'est pas retrouvé, la chasse n'est tout simplement pas terminée.

Une chasse, mais aussi une aventure humaine
Ce qui restera aussi de Wild Boar Island, ce sont les moments où les armes sont rangées. Le soir, tout le monde se retrouve autour du feu.
La journée de chasse est terminée et chacun raconte ses expériences, les animaux vus, les moments de tension, les réussites et les petites mésaventures.
Un verre de bon vin à la main, autour d'un feu, au milieu d'une île perdue dans la Baltique.
La nuit est noire, pas de lumières de ville à l'horizon, pas de pollution lumineuse, le ciel est incroyablement étoilé.
Dans ces moments-là, on réalise que l'on est vraiment loin du quotidien.
Le lendemain matin, l'ambiance est tout aussi particulière. Un café préparé sur le feu, les pieds presque au bord de la Baltique, à regarder au loin.
Pas besoin de grand-chose de plus. Quelques chasseurs, un chien, un feu, un café et la mer.
Une expérience que je n'oublierai pas
Wild Boar Island restera pour moi bien plus qu'un simple voyage de chasse en Suède. C'est une expérience où tout est différent. La manière d'arriver sur le territoire, la proximité avec la mer, les chiens, travaillant seuls avec leur traqueur, les sangliers capables de quitter leur île à la nage.
Les longues heures d'attente. Les efforts nécessaires pour ramener le gibier jusqu'au chalet. Et cette équipe de traqueurs, passionnée et incroyablement compétente, qui n'hésite pas à poursuivre un animal blessé jusque sur une autre île, en pleine nuit. Mais je retiendrai surtout cette sensation d'avoir été totalement immergé dans la chasse.
Ici, impossible de dissocier la chasse du territoire, des chiens, des hommes et de la nature qui les entoure. Pendant quelques jours, nous avons vécu au rythme de l'île. Nous avons chassé, marché, attendu, partagé, ri, travaillé et parfois simplement regardé la mer.
Une aventure que je ne suis pas près d'oublier.
